Dans 90% des cas de viol, les victimes gardent le silence sur l’acte qu’elles ont subi. C’est évidement la honte qui génère ce silence dont profite le violeur. Comme si son acte ne suffisait pas, la victime subit après l’énorme choc un deuxième enfer : l’impossibilité d’en parler la place dans une position d’être humain privé de valeur.
Les conséquences pathologiques du silence
Le silence entretient un état de stress chronique (syndrome de stress post-traumatique) dont les effets sont
ravageurs sur la santé (voir à ce sujet les 3 articles « Choisir entre les
deux chemins de la peur ou celui du plaisir »).
Cet état conduit à l’épuisement général et surtout à un affaiblissement chronique
du système immunitaire.
A cela vient s’ajouter la plupart du temps une perception extrêmement
négative de son corps par la violée. La conjonction de ses facteurs fait qu’ils
arrivent souvent que les femmes violées aient une mauvaise santé et n’arrivent
pas à inverser cette spirale à moins qu’elle n’entame un vrai travail de
reconstruction personnelle.
Les conséquences psycho-affectives du silence
La douleur immense due au viol ainsi que la destruction de l’estime
personnelle enferme la femme violée dans un état dépressif chronique qui
représente un peu une deuxième victoire du violeur.
Tant qu’elle n’arrive pas à rejeter l’entière responsabilité de l’acte
immonde qu’est un viol sur le violeur, elle assume à son dépend une honte en
lieu et place du criminel l’ayant perpétré.
La libération par l’expression
Etant thérapeute depuis 1991, j’ai eu à maintes reprises l’occasion de
travailler avec des femmes violées. Comme je le relatais dans le premier
article, il y a quelques années une femme qui m’est très chère s’est fait
violée ; j’ai donné en tant que thérapeute et ami tout ce qu’était en mon
pouvoir afin de l’aider à remonter la pente.
Dans tous ces cas, j’ai constaté à quel point l’expression de l’horreur
absolue que représente le viol était comme un Everest infranchissable pour ces
femmes.
Pourtant je crois du plus profond de moi qu’elles ne peuvent entamer un
travail de reconstruction intérieure qu’à condition d’exprimer l’acte qu’elles
ont subi.
De mon point de vue, chaque femme violée devrait oser parler de son viol
car elle ne doit en aucune manière avoir honte à la place du violeur qui est le
vrai et le seul responsable de cette horreur.
L’expression du viol dans son intégralité permet à la femme d’exprimer
sa douleur et lui permet d’accéder à l’étape où elle peut envisager de revivre
enfin pleinement ce qu’elle mérite plus que tout !
Le travail de reconstruction
Une femme violée est touchée au plus profond de son intimité physique et
de sa perception d’elle-même.
Après avoir exprimé le viol, elle peut envisager un travail de
reconstruction de sa personnalité intérieure mise à mal par le choc subit. Ce
travail est long et pas facile mais possible et nécessaire. J’oserais même dire
que chaque femme violée a le droit de le faire voir même le devoir envers
elle-même de se reconstruire car elle mérite de vivre une vie pleine, heureuse
et entière loin des conséquences comme le refoulement et l’évitement.
Dans ce cadre l’entourage est d’une importance cruciale : selon son
attitude positive (acception et empathie envers la femme) ou négative (rejet,
dénie de l’acte subi), l’environnement familial voir amical de la femme peut
encourager très positivement la guérison ou alors complétement plonger la femme
dans une attitude de honte et de de dénie.
Je pense que nous avons tous un devoir d’aide en tant que membre de la
société car le viol est un acte destructeur pour la femme qui en est victime mais
surtout et avant tout une honte pour une société moderne dans laquelle la femme
devrait avoir enfin une position sociale respectée et défendue par tous.
Auteur :
Jean-Christian Balmat