vendredi 8 mars 2013

Le silence de la femme violée ou la 2ème victoire du violeur


Dans 90% des cas de viol, les victimes gardent le silence sur l’acte qu’elles ont subi. C’est évidement la honte qui génère ce silence dont profite le violeur. Comme si son acte ne suffisait pas, la victime subit après l’énorme choc un deuxième enfer : l’impossibilité d’en parler la place dans une position d’être humain privé de valeur.



Les conséquences pathologiques du silence


Le silence entretient un état de stress chronique (syndrome de stress post-traumatique) dont les effets sont ravageurs sur la santé (voir à ce sujet les 3 articles « Choisir entre les deux chemins de la peur ou celui du plaisir »).
Cet état conduit à l’épuisement général et surtout à un affaiblissement chronique du système immunitaire.
A cela vient s’ajouter la plupart du temps une perception extrêmement négative de son corps par la violée. La conjonction de ses facteurs fait qu’ils arrivent souvent que les femmes violées aient une mauvaise santé et n’arrivent pas à inverser cette spirale à moins qu’elle n’entame un vrai travail de reconstruction personnelle.



Les conséquences psycho-affectives du silence


La douleur immense due au viol ainsi que la destruction de l’estime personnelle enferme la femme violée dans un état dépressif chronique qui représente un peu une deuxième victoire du violeur.
Tant qu’elle n’arrive pas à rejeter l’entière responsabilité de l’acte immonde qu’est un viol sur le violeur, elle assume à son dépend une honte en lieu et place du criminel l’ayant perpétré.



La libération par l’expression


Etant thérapeute depuis 1991, j’ai eu à maintes reprises l’occasion de travailler avec des femmes violées. Comme je le relatais dans le premier article, il y a quelques années une femme qui m’est très chère s’est fait violée ; j’ai donné en tant que thérapeute et ami tout ce qu’était en mon pouvoir afin de l’aider à remonter la pente.
Dans tous ces cas, j’ai constaté à quel point l’expression de l’horreur absolue que représente le viol était comme un Everest infranchissable pour ces femmes.
Pourtant je crois du plus profond de moi qu’elles ne peuvent entamer un travail de reconstruction intérieure qu’à condition d’exprimer l’acte qu’elles ont subi.
De mon point de vue, chaque femme violée devrait oser parler de son viol car elle ne doit en aucune manière avoir honte à la place du violeur qui est le vrai et le seul responsable de cette horreur.
L’expression du viol dans son intégralité permet à la femme d’exprimer sa douleur et lui permet d’accéder à l’étape où elle peut envisager de revivre enfin pleinement ce qu’elle mérite plus que tout !



Le travail de reconstruction


Une femme violée est touchée au plus profond de son intimité physique et de sa perception d’elle-même.
Après avoir exprimé le viol, elle peut envisager un travail de reconstruction de sa personnalité intérieure mise à mal par le choc subit. Ce travail est long et pas facile mais possible et nécessaire. J’oserais même dire que chaque femme violée a le droit de le faire voir même le devoir envers elle-même de se reconstruire car elle mérite de vivre une vie pleine, heureuse et entière loin des conséquences comme le refoulement et l’évitement.
Dans ce cadre l’entourage est d’une importance cruciale : selon son attitude positive (acception et empathie envers la femme) ou négative (rejet, dénie de l’acte subi), l’environnement familial voir amical de la femme peut encourager très positivement la guérison ou alors complétement plonger la femme dans une attitude de honte et de de dénie.
Je pense que nous avons tous un devoir d’aide en tant que membre de la société car le viol est un acte destructeur pour la femme qui en est victime mais surtout et avant tout une honte pour une société moderne dans laquelle la femme devrait avoir enfin une position sociale respectée et défendue par tous.


                                                                                     Auteur : Jean-Christian Balmat

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