vendredi 30 novembre 2012

Le viol ou la réminiscence de l’époque féodale



Introduction


Malgré le fait que nous vivions au 21ème siècle, il y a toujours 90% des femmes violées qui restent silencieuses face à ce crime dans le monde occidental. Pourquoi ?
Pour la simple raison que nous sommes tous des descendants d’une longue période de l’histoire durant laquelle celui qui commandait le clan était l’homme alpha, ce dernier se comportant ni plus ni moins comme les mammifères.


L’homme viril, l’homme omnipotent


Par le rituel de sélection, le clan portait à sa tête celui qui était le plus fort en muscles et qui était par la même occasion le plus apte à guider les autres et à les protéger des risques.
Ce système issu en ligne direct du comportement animal des mammifères, favorise les hormones (et les fonctionnements qui leur sont liées) au détriment de l’intelligence.
Dans ce cas de figure, l’homme qui commande est viril, omnipotent et accède à toute une série de pouvoir :
·         Il est fort et est en droit d’imposer sa pensée (même si elle est absurde) par la force de ses muscles et du timbre de sa voix (qui est de facto grave et puissant puisqu’il est celui qui a le plus testostérone). Les hommes le suivent et les femmes le convoitent.
·         Il est le plus séduisant ou en tout cas le mâle le plus convoité par les femmes car il est le plus apte à assurer leur avenir dans l’inconscient collectif. Dans ce schéma primitif, l’homme étant doté d’un corps puissant (de par les hormones mâles) plus efficace dans la chasse et son pendant le travail physique lourd. La femme étant génétiquement prédestinée à enfanter, développe dès la puberté un corps aux propriétés différentes (mais en aucun cas inférieures !)
Ce schéma a permis le développement d’une société totalement polarisée qui a été dans les premiers temps de l’humanité surement très efficace mais qui depuis l’ère industrielle perdure dans l’inconscient collectif sous la forme de « l’homme au boulot et la femme au fourneau ».

 HOMME TOUT PUISSANT QUI AGIT > polarisé avec > FEMME FAIBLE QUI SUBIT


Malgré l’avènement de mouvements féministes au début du 20ème siècle, les vieux fantômes de notre passé hantent tant les hommes que les femmes.



Tuer l’ennemi et violer sa veuve


« Le plus grand bonheur du Mongol est de vaincre l’ennemi, de ravir ses trésors, de faire hurler ses serviteurs, de se sauver au galop de ses chevaux bien nourris, de se servir du ventre de ses femmes et de ses filles comme de couches et de prendre plaisir à leur beauté... » Citation de Gengis Khan.

Nous sommes tous les descendants des vainqueurs de guerres passées. Ce que nous oublions est l’inconscient collectif dont nous héritons tous. Bien que notre société ait évolué technologiquement rapidement, ce n’est pas le cas de notre cerveau !
Bien que cela paraisse horrible aux « gens civilisés » que nous sommes, les guerriers dont nous descendons étaient dramatiquement efficaces dans le sens où ils tuaient leurs ennemis dans un premier temps puis violaient leurs veuves dans un second temps, changeant ainsi la génétique de l’ennemi pour les assimiler.
Admettre ce comportement historique aussi abject qu’il soit permet de comprendre une des racines profondes du viol.



Les fantômes du passé


Dans l’histoire de l’humanité et ce partout sur la planète et dans toutes les cultures, les relations hommes-femmes ont évolué pour devenir de plus en plus complexe. De la nature animale[1] l’humanité a valorisé peu-à-peu au cours de son histoire les droits équitables pour tous (déclaration des droits de l’homme en 1789 par exemple).
Cependant les droits des plus « faibles » (selon les plus forts qui de facto furent longtemps les plus riches et les élus politiques qui votaient des lois qui les avantageaient) c’est-à-dire les étrangers, les enfants et….les femmes bien qu’acquis dans les textes de lois depuis plus de deux siècles ne le sont pas toujours dans les faits.
Un parallèle avec les personnes de couleur est intéressant à faire : les « forts » qui ont érigé en dogme pendant des siècles une anthropologie justifiant des holocaustes immondes (amérindiens, juifs, bushman, entre autres) l’esclavage et l’infériorisation de tous ceux qui n’étaient pas blancs ; sont les même qui ont ergoté des siècles pour savoir si la femme avait un cerveau !!
Mais qui sont ces « forts » ? Dans le clan ils étaient les hommes à la plus forte stature, armés de façon à défendre ceux qui les avaient portés à leur tête. Ils sont devenus les chevaliers, l’élite guerrière. Ils ont structuré les armés modernes et…le tissu économiques. Ils ont, partout sur terre, été remerciés de leurs victoires par des terres et des possessions.
En posant les armes, les hommes auraient dû changer de système de penser. Hors en rangeant leurs épées dans leur fourreau ils se sont retrouvés face à un déficit inconscient de virilité. Dans la plupart des sociétés anciennement guerrière, les hommes se sont retrouvés frustrés de pouvoir prouver leur valeur et leur bravoure sur le champ de bataille : certains sont devenus les requins du monde économiques, mais beaucoup d’autres ont noyé leur frustration dans l’alcool et d’autres drogues


Du clan, l’humanité s’est gentiment structurée en villages, villes jusqu’à nos mégapoles actuelles. Par contre la tendance à la simplification ou devrais-je dire à la réduction de pensée est toujours à l’ordre du jour Malheureusement :
·         Augmentation de l’extrême droite et intégrisme religieux chrétien dans tout le monde occidental. Le « white power » a le vent en poupe des États-Unis jusqu’en Russie avec son cortège d’idées totalement dénuées de tolérance : contre l’avortement, contre la libération des femmes (et pour le retour de celles-ci à leur « place » : derrière les fourneaux), contre le droit des homosexuels, contre l’immigration, etc…
·         Le mouvement ci-dessus fait écho à l’intégrisme musulman en orient…que l’on critique énormément en occident alors qu’il utilise systématiquement les mêmes archétypes.

Que l’on prenne l’individu où le groupe, l’être humain qui fonctionne de manière binaire (bon-mauvais, juste-faux, fort-faible) exclu tout réflexion mais au contraire « permute » selon les stimuli de son environnement social.
L’homme vit intérieurement dans la perception QU’IL DOIT IMPERATIVEMENT ETRE LE PLUS FORT ne peut tolérer d’être mis en échec par une femme qui « ose » lui dire NON ainsi le placer dans une position d’impuissance. Le viol devient alors un moyen pathologique d’imposer à la femme son besoin irrépréhensible de domination.



Trop de libéralisme génère une réaction conservatrice


Comme nous venons de le voir les extrémismes sont en augmentation partout sur la planète. Sans les justifier, il existe des explications à ce phénomène.
Pour faire évoluer les comportements d’un individu ou d’un groupe il faut du temps, beaucoup de temps. Si l’être humain est exposé à des changements sociétaux trop rapides il prend peur et…se défend contre ce qu’il perçoit comme une agression. Exemples :
·         L’homme que l’on a éduqué à être le futur chef, seul soutien de famille par un couple dont les parents matérialisaient la polarisation extrêmes des sexes aura du mal voir sera incapable de tolérer le concept d’égalité des sexes. Il sera rassuré par des femmes soumises à sa volonté et pourra dans certaines situations se sentir agressé et réagir par l’agression s’il est confronté à des femmes à fort caractère et très affirmées.
·         Les individus que l’on éduque dans un système de penser très puritain rejetterons comme les suppôts de Satan les personnes qui ont un comportement libéré pire si par exemple ils sont exposés à une gay pride, des hôpitaux qui pratiquent l’avortement ou des scènes ouvertes de la drogue, ils réagiront très violemment.

Les tentatives de l’humanité d’établir des sociétés « parfaites » ont été multiples mais les conséquences ont été souvent des catastrophes. Exemples :
·         Les sociétés puritaines du 19ème siècle développaient une face en pleine lumière lisse, belle mais ont généré une société de l’ombre faite de bordels et de bars, endroits dans lesquels tout était permis
·         La prohibition édictée au États-Unis de 1920 à 1933 partait d’une bonne volonté : éradiquer les méfais de l’alcoolisme. Pourtant elle a contribué à créer une société qui buvait toujours autant mais en développant une société parallèle mafieuse qui arrosait les débits illégaux d’alcool frelaté sous les yeux d’une police corrompu.
·         Le mouvement de libération de la femme est une excellente chose….pour les esprits préparés à l’accueillir. Mais il faut bien convenir que bien des groupes se sont insurgés contre ce dernier et ont d’autant plus renforcé leur position devenant bien souvent intégriste (tant chrétiens que musulmans)

Que cela soit pour un individu ou un groupe il est évident que tout changement brusque des valeurs de la société engendre une contre-réponse tout aussi forte qui va dans le sens inverse que celui qui est désiré par l’idéologie.



La belle façade de la lumière et les tabous dans l’ombre


Lorsqu’un enfant vient au monde, il n’a aucun tabou d’aucune manière. Selon l’éducation qu’il reçoit, il va séparer les actes en deux domaines :
·         Les actes permis, autorisés par la famille et la société. Il va être encouragé à les réaliser et recevra des récompenses pour les avoir fait.
·         Les actes interdis, tabous, honteux pour la famille et la société. Il va être éduqué à ne pas les réaliser et recevra des punitions s’il les fait.

Une éducation qui séparera symboliquement selon ces deux catégories produira toujours des enfants qui réagiront de manière manichéenne et de facto limitée.
Par contre à partir du moment où les parents et la société oseront éduquer en stimulant l’intelligence et l’esprit critique, ils pourront amener les enfants à réfléchir par eux-mêmes. Ce qui pourra amener les garçons à envisager que la vraie force se trouve dans l’esprit et non dans les biceps. De même les jeunes filles pourront envisager d’être des êtres humains à part entière n’ayant aucun besoin à l’âge adulte d’un homme pour les valoriser, leur apporter la sécurité et un avenir positif. A ce moment, ils pourront ensemble comprendre que virilité et féminité peut se conjuguer ensemble à condition qu’il existe :
·         Un respect non négociable qui permet le consentement
·         Une tolérance de la différence de l’autre dans son apparence, son sexe et…sa façon de penser. Tolérer que l’autre refuse un rapport sexuel est preuve d’évolution
·         Une prise de conscience que les deux sexes sont complémentaires et non opposés comme ça a été le cas jusqu’à maintenant



Eduquer le violeur destructeur


Comme nous l’avons vu auparavant le violeur est un homme à la mentalité arriérée qui ne peut admettre qu’une femme lui dise non ! Mais c’est un homme qui n’est pas seulement quelqu’un qui force, c’est aussi un destructeur. Car la femme qui a été violée est l’inverse de la femme honorée : elle est totalement déshumanisée, dégradée au sein même de son intimité.
Que faut-il faire ? Les tuer, les castrer ou les enfermer en prison pour une longue durée ? Je suis contre le fait de les punir sans leur faire prendre conscience de l’horreur de leur acte. La société doit faire une prise de conscience globale et traiter ce problème avec le plus grand sérieux.
La sexualité est un besoin normal mais son abord doit enfin être pris au sérieux dès l’enfance par une éducation au sein des familles et du système éducatif afin que nous ayons tous et partout la force d’arrêter de sacrifier des femmes toujours trop nombreuses sur l’autel de la sexualité masculine pervertie. Ce problème n’est pas celui des autres mais le nôtre ! Les victimes sont souvent nos mères, nos sœurs, nos femmes, nos filles ou nos amies. C’est en osant sortir ce drame du sac fourre-tout de nos tabous que nous pourrons l’aborder en pleine lumière !



                                                                                     Jean-Christian Balmat

Post-scriptum


Vous me trouvez excessif ? Je vous suggère l’excellent article du journal Le Temps à propos du gynécologue Denis Mukwege, qui en treize ans a opéré plus de 40 000 femmes violées et mutilées dans l’est du Congo-Kinshasa



[1] Nature animale : comportement de l’être humain totalement dominé par ses fonctionnements hormonaux et les sentiments négatifs forts que sont la peur, l’angoisse et la colère entre autres.

mercredi 28 novembre 2012

Le syndrome de stress post-traumatique (3ème partie)

Le processus thérapeutique


Comme nous l’avons vue dans les deux premières parties de cet article, le syndrome de stress post-traumatique place la victime dans une position de dénie des faits. Pour ne plus souffrir dans le présent, elle rejette tout ce qui lui rappelle de près ou de loin ce qu’elle a subit par le passé. Ce qui a le pouvoir de transformer sa vie en enfer et de fuir la douleur.
Pourtant à force de refouler pour se protéger et vouloir tout contrôler, la personne finit la plupart du temps par éliminer tout plaisir de sa vie. Les gens qui sont venus à mon cabinet avaient tous passé de longues années à chercher à enfouir au plus profond d’eux la douleur qu’ils n’osaient montrer de peur d’être pris pour des faibles.
Pour faire sortir la douleur, il faut l’affronter afin de se donner l’opportunité de reconstruire ce qui a été cassé ; oser faire le bilan des dégâts et accepter de les avoir subis ; accepter finalement d’être resté cassé de ce trauma et d’en avoir supporté de lourdes conséquences. Voilà autant de conditions que la personne doit accepter pour commencer un processus thérapeutique.



Admettre le trauma


Rappelons que le trauma est une coupure nette dans l’histoire de la personne. Cette coupure représente l’éclatement de la vérité telle que la victime la percevait et a réduit son ancienne perception intérieure du monde à néant.
Lorsque la personne parvient à exprimer tout le contenu du trauma, elle commence à pouvoir appréhender ce qui la détruit dans le milieu protégé que représente la séance thérapeutique. D’un point de vue énergétique, émotionnel et mental, l’expression verbale permet non seulement de conscientaliser le déroulement exacte du drame mais également d’évacuer énormément de la charge toxique du trauma.
Sachant que le trauma correspond archétypalement à la mort, le garder intérieurement ne fait qu’empirer le SSPT. Le fait d’exprimer précisément ce qui a été vécu tant d’un point de vue factuel que sensoriel, permet peu à peu à la personne de se définir en dehors du trauma. Car souvent les personnes subissant le trauma sans l’exprimer restent incapables de reprendre leur vie en main car elles s’identifient à leur rôle de victime durant le moment dramatique.



Définir le trauma


L’objectif du thérapeute en faisant un travail précis sur le choc vécu est de déterminer très précisément les zones de la personnalité qui se sont écroulées pendant le drame. Le centre du processus thérapeutique en Shiatsu Holistique se trouve à cet endroit : déterminer les dégâts pour que la personne puisse travailler consciemment les qualités inverses aux poisons psycho-affectifs ressentis durant de choc.


Trouver l’antipoison


En travaillant avec l’énergétique on apprend à traiter par l’inverse : on réchauffe le froid, on refroidit le chaud, on assèche l’humide, on humidifie le sec, etc. Logiquement lorsqu’il s’agit d’un choc psycho-affectif, le thérapeute suggèrera à la personne de développer la qualité inverse.
Exemple : dans le cas d’un viol, le problème d’irrespect est évident. Dans la plupart du temps les femmes violées vivent dans le présent le même dégout de leur corps qu’au moment du viol. Par le dialogue la personne peut se détacher dans cet exemple des actes commis et en imputer la responsabilité au violeur. Le fait que la violée accepte de donner au violeur sa pleine responsabilité lui permet de reconstruire des valeurs comme le respect, la valorisation et l’affirmation.
Le but est de permettre à la personne de se relever dans le total respect de ce qu’elle est. Et pour atteindre cet objectif, le thérapeute devra encourager la personne dans un travail d’auto-valorisation basé sur la définition précise de sa personnalité.
Après un long travail l’objectif est d’avoir donné les outils psycho affectif qui ont manqué à la personne lors du drame.



Traitement avec le Shiatsu Holistique


Le traitement devra agir à plusieurs niveaux
  1. Traitement des conséquences physiologiques :
    1. Rééquilibrage énergétique global via le Shiatsu Holistique complet et traitement des Cinq Eléments et des douze méridiens d’énergie. L’objectif sera de redonner une vitalité maximale au corps en l’harmonisant.
    2. Techniques de relaxation : Ecoute Sacrum© afin de réguler le système nerveux autonome la plupart du temps en hyper-sympathicotonie. Ce travail profond de relaxation a pour but à long terme de permettre à la personne de contrôler les montées de stress et de mieux se contrôler afin de ne plus tomber en état d’inhibition.
    3. Evitement du conflit : si nécessaire suggestion d’arrêt maladie
  2. Adaptation du patient à cette situation
    1. Travail profond sur sa perception de la situation : le syndrome d’inhibition de l’action suggère que le patient n’a pas trouvé jusque-là les ressources intérieures pour solutionner ce conflit. Le thérapeute devra travailler avec le patient afin de lui donner le détachement nécessaire afin qu’il puisse définir objectivement la problématique. Ce qui permettra au patient de comprendre qu’elles étaient les pensées, mécanismes, raisonnements et interprétations automatiques (issus du vécu antérieur, de l’éducation et de l’hérédité) ont été inadaptés dans le conflit. Cette phase de la thérapie devra permettre au patient de croire en sa possibilité intérieure de s’adapter par un travail sur lui-même. Le but à atteindre dans cette phase, est que le patient se revalorise et ait foi dans ses valeurs personnelles ainsi qu’en sa capacité à se relever positivement.
    2. La mise en place du repositionnement personnel par le patient lui-même afin que la cause du conflit ne soit plus facteur de stress dans le présent et le futur.
  3. Hygiène de vie et activités-détente
    1. Un travail de fond devra être fait au niveau de l’hygiène de vie : mise en place d’une diététique appropriée, phases de sommeil suffisantes et appropriées aux besoins spécifiques du patient.
    2. Développement d’activités dans lesquelles le patient se donnera du temps pour et par lui-même afin qu’il puisse se sentir valorisé et ainsi se détendre puis acquérir une sérénité réparatrice. Le but étant de le couper quotidiennement de toute source de stress ne serait-ce qu’une heure

Il est important que le patient trouve une solution afin de résoudre positivement le conflit qu’il vit. Le fait qu’un travail thérapeutique adéquat lui permette d’être l’acteur de sa propre guérison lui donne la capacité de se revaloriser très positivement et à long terme. Ce, afin d’éviter que le syndrome de désadaptation ne dégénère en syndromes névrotiques, troubles anxieux généralisés et dépression chronique.
Je suis d’avis que la personne pour s’en sortir à long terme doit mettre en place dans son environnement un monde plus juste qui exclue activement et positivement la possibilité que le même drame ne se déroule à nouveau. Lorsque les ex-victimes deviennent les acteurs d’un monde meilleur, elles partagent leur expérience positivement et participent à créer un environnement moins violent pour les générations à venir.



Conclusion


Le syndrome de stress post-traumatique est un drame qui peut arriver et qui touche plus de personne qu’on ne le croit. Bien que cela ne soit pas gagné d’avance, il existe un réel espoir de soigner à 100% une victime. Avec du courage et un gros travail personnel une personne peut sortir de son rôle de victime.
Lorsque l’on voit les statistiques des guerres, des viols et des violences en général, on peut perdre courage. Cependant je peux témoigner qu’un large sourire retrouvé qui illumine le visage d’une personne vaut des millions. Que ce soit en tant que victime, proche ou témoin nous pouvons aider, nous aider en tendant des mains.



                                                                                     Jean-Christian Balmat

Le syndrome de stress post-traumatique (2ème partie)



Système d’activation ou d’inhibition de l’action


Dans le premier article, nous avons découvert les trois choix de l’être humain devant le danger : attaquer, fuir ou rester immobile.
Les SSPT sont surtout dus au fait que la personne étant en état d’inhibition ne choisit plus du tout sa vie mais la subit. Pendant tout le trauma, la victime a subit la volonté de son bourreau… sans rien pouvoir faire.
Pourquoi ? Comment est-ce qu’un être humain peut se retrouver dans cette situation ? Pour cela il faut comprendre le fonctionnement de l’être humain en situation normale.



Programmé à rechercher le plaisir



L’être humain est programmé à reproduire des comportements qui, dans son histoire ou dans celle de son espèce, ont procuré du plaisir, en entretenant sa vie (homéostasie) et en la faisant évoluer.
Ce qui satisfait une pulsion intérieure pleinement génère du plaisir. La satisfaction correspond à la cessation du manque intérieur ayant généré la pulsion. Le plaisir est la preuve sensorielle que le manque a cessé et que le corps va bien. La douleur est évidement l’inverse et conserve la préservation de l’intégrité du corps : en retirant par réflexe sa main d’une plaque chaude par action réflexe instinctive, nous sauvons notre main, sans y réfléchir consciemment. Ces deux notions ont présidé à la spécialisation de trois systèmes nerveux liés aux comportements : l’un est à la récompense (MFB), l’autre à la punition (PVS) et le dernier à l’inhibition (SIA).
Le cycle pulsion – action – satisfaction, géré par le MFB et la fuite ou la lutte efficace, permettant à l’organisme de préserver son homéostasie dans l’action, composent à eux deux le système activateur de l’action (SAA)
Le plaisir est le moyen développé au cours de l’évolution de notre espèce, pour nous inciter à manger, à trouver un partenaire sexuel, à se protéger du froid, etc.



La récompense et la punition


Deux systèmes se sont donc développés dans le cerveau pour traiter la récompense et la punition.
1.      Le « medial forebrain bundle » (MFB) en anglais qui est le circuit de récompense
2.      Le « periventricular system (PVS) », qui est le circuit de punition, qui active la fuite ou la lutte
Ces deux systèmes ont pour but de préserver l’homéostasie par l’action et forment ensemble le système activateur de l’action (SAA).

Le S.A.A. s’oppose au système inhibiteur de l’action (SIA). Ce système s’enclenche en cas d’inefficacité de notre action (qui correspond à un profond sentiment d’impuissance = « je ne peux pas interagir avec mon environnement car ceci est « faux » pour Moi, mais je ne parviens pas à agir donc je ne bouge plus, je me prostre, me replie »).
Le S.I.A. a été utile dans l’évolution et de manière très ponctuelle, dans les situations où toute action est susceptible d’empirer la situation. Lorsque l’humain perçoit que la lutte ou la fuite sont impossibles, il se contente de la soumission et l’acceptation (passive et à contrecœur) afin de maintenir autant que faire se peut le statu quo.
Dans notre société moderne où la compétitivité est érigée au rang de dogme, de nombreuses personnes vivent dans l’appréhension de la « punition » : peur du chômage, peur de ne pas avoir la promotion, peur de ne pas pouvoir payer les factures à la fin du mois, peur de dire au chef de vente nos petits résultats, etc. Dans ce genre de cas, la personne n’a plus l’impression d’avoir de choix et sombre dans l’inhibition chronique. De nombreuses conséquences sont à déplorer lors d’un sur fonctionnement du SIA comme entre autres : dépression, maladies psychosomatiques, ulcères d’estomac, hypertension artérielle. A noter également qu’étant donné que le SIA épuise le potentiel de lutte du système immunitaire des pathologies plus graves peuvent se développer ultérieurement.



Centres de la récompense et du plaisir


Les principaux centres cérébraux de la récompense sont localisés le long du MFB (medial forebrain bundle, en anglais). Le faisceau médian du cortex préfrontal en français). Le MFB est composé de plusieurs centres[1] qui participent tous à la réponse comportementale. Ces centres sont interconnectés et innervent l’hypothalamus, l’informant de la situation, plaisante en l’occurrence. L’hypothalamus réagit alors sur les fonctions végétatives (parasympathique dans ce cas) et endocrinien (libérant des hormones liées au plaisir) par l’intermédiaire de l’hypophyse.



Centres de la punition


Les stimulations déplaisantes et/ou douloureuses qui provoquent la fuite ou la lutte activent les centres de la punition ou PVS. Le PVS est formé de plusieurs centres[2]. L’activation du PVS provoque l’activation du système nerveux sympathique et la libération dans l’organisme d’ACTH et d’adrénaline qui préparent rapidement le corps aux efforts exigés par la fuite ou la lutte
Le système de punition inhibe le système de récompense. Ce qui explique que certains régimes politiques ont réussi au court de l’Histoire à manipuler le peuple par la peur et la peur de la punition (ex. : déportations). Ceci est également valable dans toute autre structure sociale : couple, famille, entreprise, etc.
Le MFB et le PVS forment les deux principaux systèmes de motivation de l’être humain. Ils ont pour but assouvir les trois pulsions instinctives (respirer, se nourrir, se reproduire) et d’éviter la douleur.



Centres d’inhibition


Le Pr. Henri Laborit a mis en évidence un troisième circuit : le système d’inhibition de l’action (Behavioral Inhibitory System (BIS)). Il est associé au système septo-hippocampal, à l’amygdale et aux noyaux de la base. Ce système est comme nous l’avons vu, celui qui prend le relais lorsque la lutte ou la fuite ne sont plus possible, avec les conséquences négatives au niveau physiologique.
Pour prendre un exemple simple, le SIA est le système qui produit l’immobilisme du campagnol survolé, à terrain découvert, par une buse. Ce fonctionnement temporaire lui sauve la vie plus sûrement que la fuite. Par contre, dans le cas où un individu se sent comme le campagnol lorsqu’il est en relation avec son patron, se parents ou autres, la situation se gâte. Car il perçoit une impossibilité de fuir ou de lutter : s’il le faisait, il en perdrait son emploi, sa place dans la famille, etc. De plus si la situation perdure des mois ou des années, les conséquences peuvent être catastrophiques en termes de santé (voir aussi le sous-chapitre sur le stress) en affaiblissant fortement les capacités du système immunitaire.
Le SIA peut également « s’enclencher » dans le cas où l’individu manque d’information à propos de ce qu’il vit dans le présent : une personne âgée devant un pc dont elle ne comprend pas le fonctionnement ou un voyage dans un pays étranger sans comprendre la langue et l’écriture. En effet, pour agir efficacement, l’être humain a besoin d'un certain nombre d'informations sur le monde qui lui donnent des possibilités différentes de répondre. Si les apprentissages et expériences antérieures n’apportent pas l’information à l’individu, le SIA prend le dessus sur le SAA. Attention : à l’inverse l’excès d’information (téléjournal, publicités agressives, etc.) a le même effet. Enfin, l’imaginaire peut produire des scénarios que l’individu redoute de vivre. Dans ce cas lorsque le cauchemar se matérialise sous les yeux de la personne, celle-ci se trouve totalement inhibée.



Le stress et le syndrome de désadaptation


Même si nous vivons au 21ème siècle, une ère hautement technologique, l’être humain reste, dans son fonctionnement, un primate. Confronté à une situation de conflit (effective objectivement ou qu’il perçoit comme tel), tout son organisme (surtout le système neuroendocrinien, système cardio-vasculaire et cerveau primitif ou reptilien, siège des instincts) se prépare à l’action avec deux types de « programmes »
  1. Le combat
ou
  1. La fuite
Hélas, le problème est que ces deux alternatives sont souvent impossibles à mettre en place pour l’homme moderne. Se trouvant alors dans l’impossibilité d’agir, il doit alors s’adapter à cette situation. C’est ici qu’apparait le stress biologique par inhibition de l’action largement évoqué par Pr. Henri Laborit.

Pour conserver son équilibre psycho-affectif intérieur face à ce stress exogène, il va devoir puiser dans ses ressources intérieures. A savoir sa personnalité qu’il a forgée au fil de ses expériences sur la base de son hérédité, puis conditionnera sa capacité à gérer le conflit et ses conséquences.
Rappelons que la personnalité de l’être humain se construit et se réorganise en permanence en fonction de l’éducation dispensé par le milieu familial, son vécu antérieur et son environnement présent affectif et matériel. La capacité d’adaptation de chacun a donc des limites liées aux « caractéristiques » de sa personnalité et à son environnement.
Une fois cette capacité dépassée (anxiété inhibitrice) ou épuisée (asthénie, dépression), apparait ce que nous appelons le syndrome de désadaptation avec les conséquences suivantes :
l  Anxiété
l  Insomnie
l  Dépression
l  Troubles compulsifs alimentaires (TOC), anorexie-boulimie
l  Et, on l’oublie, avec comme conséquence indirecte, la toxicomanie (médicaments, alcool, drogues dures) compensatrice


Conclusion de la deuxième partie


Nous avons découvert d’une manière simplifié le fonctionnement du cerveau humain face au danger. Comprendre le SSPT revient à admettre le besoin que l’être humain a d’exister en manifestant son être au travers d’actions qu’il choisit de faire en réponse aux stimuli du monde extérieur.
Au moment où le choix de ses actes n’est plus de son ressort mais qu’un événement traumatisant lui fait perdre les commandes de son corps, l’être humain vit un choc émotionnel violent.
Ce corps qu’il contrôlait a été envahi par une sensation tellement étrangère à ce qu’il s’attendait, qu’il n’a tout simplement pas réagit du tout ! Explicable d’un point de vue neuropsychologique, cet état est insupportable d’un point de vue affectif. Le corps devient comme un temple profané. Ce qui était sacré, l’intimité est bafouée, foulée au pied de la pire façon.
Pourtant, la première étape du soin pour la personne sera d’évoquer le trauma en acceptant ce qu’a été le choc au plus haut point et qu’elle l’a refoulé au plus profond d’elle.

Dans la troisième partie nous évoquerons en détail chaque étape du processus thérapeutique possible pour une personne souffrant de SSPT.



                                                                                     Jean-Christian Balmat


[1] Les centres composant le MFB sont : l’aire tegmentale ventrale (ATV), le noyau accumbens, comme le septum, l’amygdale, le cortex préfrontal ainsi que certaines régions du thalamus
[2] Dont l’hypothalamus, le thalamus et la substance grise centrale ainsi que l’amygdale et l’hippocampe