Introduction
En 21 ans
d’activité thérapeutique, j’ai à plusieurs reprises aidé des personnes victimes
de ce que l’on nomme le syndrome de stress post-traumatique. Leur pathologie
avait des causes diverses :
·
Viol
avec ou sans plainte ultérieure.
·
Accident
de la route avec décès de personnes impliquées.
·
Adultes
souffrant des conséquences de violences parentales invalidantes socialement.
·
Soldats
revenu de leur mission traumatisés.
·
Victimes
de guerre ayant dû fuir en urgence leur pays sans possibilité de revenir à
moyen terme.
Ce qui m’a le plus
interpelé dans ces cas, c’est indéniablement le fait que ces personnes avaient
une vie antérieure au trauma totalement différente de celle qui le suivait. Ces
personnes malgré des origines et des histoires de vie complétement différentes
les unes des autres, souffraient toutes d’une incapacité totale à reprendre
leur vie en main après le drame. Malgré les années passées à patiemment
apprendre une profession, à constituer des liens sociaux forts, elles se
retrouvaient dans la plus totale impuissance après un trauma qui souvent
n’avait duré que quelques minutes.
Elles ne pouvaient
retrouver des émotions normales, ne pouvaient pas passer un jour sans se
souvenirs du drame vécu. Longtemps après le trauma, elles finissaient par
consulter pour lutter contre ce mouvement de repli sur elle-même dont elles
souffraient. Le grand malheur de ces personnes était qu’en plus du fait
qu’elles évitaient d’évoquer le drame (trop honteux pour le faire), celui-ci
devenait un tabou pour leur environnement social voir la société tout entière
qui maintenait le silence sur le sujet.
Les objectifs de
cet article sont non seulement d’apporter un descriptif aussi complet que
possible de cette pathologie afin d’apporter toute l’aide possible aux victimes
mais aussi d’informer les proches au sens large afin qu’ils osent apporter leur
aide si précieuse dans ces cas-là.
Le syndrome de
stress post-traumatique est un traumatisme lourd de l’ensemble de la structure
psycho affectif de l’être qu’il le subit. Cependant il existe des moyens
efficaces de traiter les symptômes ou tout du moins de les réduire au maximum.
Le thérapeute, les proches et la société ont tous un rôle important dans le
traitement : celui de soutenir la victime en lui donnant l’opportunité
d’évoquer l’enfer subit et de la soutenir durant le processus de guérison. Dans
le cas du syndrome de stress post-traumatique, il ne s’agit pas d’aider la
victime mais de nous aider nous-mêmes. Car les causes qui permettent le viol,
la violence familiale, sociale et la guerre ne sont pas (ou plus) défendables
dans une société de droit comme la nôtre à notre époque. Trop souvent les
victimes souffrant du syndrome de stress post-traumatique se cachent, trop
honteuses pour demander de l’aide dont elles ont besoin mais surtout auxquelles
elles ont droit. Cette situation peut changer si nous y participons tous à la
hauteur de nos possibilités et de nos moyens personnels.
Généralités
Le syndrome de stress
post-traumatique désigne un type de trouble anxieux majeure qui survient à la
suite d’un choc émotionnel vécu de manière profondément traumatisante. Le
syndrome de stress post-traumatique ou SSPT est aussi connu sous le terme de
trouble de stress post-traumatique.
Le syndrome de
stress post-traumatique est la réaction psychologique de l’individu à une
situation traumatisante durant laquelle son intégrité physique, émotionnelle ou
psychologique ou celle de son entourage, a été gravement menacé. Il est la
conséquence par exemple d’un accident grave, d’une mort violente ou prématurée,
d’un viol, d’une maladie grave, de la guerre, d’un attentat.
Suite au stimulus
du choc la réaction immédiate est la peur intense, le sentiment d’impuissance
ou le sentiment d’horreur. Le syndrome de stress post-traumatique peut
apparaitre immédiatement suite à la réaction aigue mais peut également se
manifester beaucoup plus tard c’est-à-dire des semaines, des mois voire des
années plus tard. Toute expérience traumatisante est susceptible à elle seule
de générer un SSPT sans que les personnes aient nécessairement un terrain
psychologique ou psychiatrique fragile (antécédents de dépressions, angoisses,
etc.) antérieurement au choc.
Historique
C’est à la fin du
19ème siècle qu’apparaissent les premières études sur le sujet
traitant par exemple des accidents sur les grands chantiers de construction. On
emploie alors le terme de « névrose
traumatique » (traumatic neurosis). Les deux guerres mondiales génèrent
tellement de cas, que la psychiatrie militaire développe la compréhension que
nous avons du SSPT. Dans les années 60-70 les actions des mouvements pacifistes
et féministes ont permis d’élargir la signification du terme aux violences
familiales et sociales après les traumatismes de guerre et du travail.
Les médecins
constatent chez les patients des troubles précis quel que soit l’origine du
choc :
·
L'apparition
fréquente de symptômes cardiovasculaires chez les personnes traumatisées à la
suite d'accidents de travail puis chez des soldats sur la ligne de feu
·
névrose
hystérique
·
les
problèmes de suggestibilité et les crises mémorables de dissociation résultant
des expériences insoutenables subies par ses patients.
Dans les années
septante, des séquelles psychologiques graves présentées par les anciens
combattants des États-Unis revenus massivement du Viêtnam ont entrainé un
regain d'intérêt pour le SSPT
On constata à cette
époque que les symptômes ressentis par les soldats étaient similaires à ceux de
femmes victimes de viol et les enfants battus. Les cauchemars et les
surgissements inopinés d’images traumatiques étaient vécus par tous.
Dans de nombreuses
guerres modernes, du Vietnam, jusqu’à l’Afghanistan, l’armée américaine
constate davantage de victimes par suicide d'anciens combattants, que de
combattants tués au combat en raison de cet état de stress post-traumatique.
Dans nos sociétés
modernes, les institutions sociales ont mis en place des services d’aide
médicale et psychologique aux « victimes directes », ainsi qu’aux amis et
proches parents de ces victimes directes et aux témoins.
Les symptômes
Le syndrome de
stress post-traumatique se déroule en deux temps :
·
Le
trauma, toujours inattendu et horrible, génère une grande frayeur chez la
victime se retrouvant en situation d’impuissance totale
·
Après
le trauma et ce à long terme, l’individu revit cette souffrance passée d’une
manière répétitive et incontrôlée.
D’une manière
schématique et simplifiée, on peut dire que le patient vit dans le désespoir et
le replie total sur lui en vivant trois grands types de sentiments
pathologiques persistants :
·
L’intrusion
du trauma passé dans la vie présente : la victime du trauma le revit
répétitivement sans pouvoir empêcher ses souvenirs de hanter ses jours et ses
nuits. Il faut bien comprendre que l’individu revit complètement et exactement
l’horreur du trauma d’un point de vue nerveux. Les angoisses et les peurs
éprouvées réaccompagne le souvenir. Les cauchemars sont une autre manifestation
de ce type de symptôme.
·
L’évitement :
la personne tente d’éviter toutes les situations et les facteurs qui ont le
potentiel de ramener à la surface le souvenir du trauma. Celle-ci aura tendance
à éviter d’en parler pour éviter d’y être confronté directement ce qui peut
générer une amnésie partielle ou totale de l'événement. Cette stratégie
d’évitement conduit la personne à l’insensibilité émotive afin de ne plus
souffrir du souvenir du trauma. Elle perd tout l’intérêt pour les activités qui
auparavant la passionnait et se replie s’éloignant même de ses proches.
·
L’hyperstimulation :
l’individu souffrant d’SSPT est constamment dans un état d’hypervigilence
pathologique. Cet état anormal a pour conséquence la baisse de la capacité de
concentration, de l’insomnie, de la nervosité, une tendance à s'effrayer
facilement, une impression constante de danger ou de désastre imminent, une
grande irritabilité ou même un comportement violent
Ces trois troubles
s’accompagnent parfois de dépression, de tendance suicidaire, de comportements
addictifs (alcoolisme, toxicomanie) et peuvent entraîner une grande
invalidation sociale (perte d'emploi, conflits familiaux). Sans aide ni prise
en charge, l'état anxieux peut persister et dégénérer.
L’évitement et le retrait
L’évitement de tout
ce qui rappelle de trauma est la principale conséquence d’un traumatisme
psycho-affectif majeur. Ce qui est un moyen de protection naturel pour la
victime devient le moteur de son retrait progressif de la vie sociale. Tout ce
qui ramène au souvenir du trauma comme les activités, les conversations, les
personnes, les endroits sont évités mais également ce qui est susceptible de
générer une reproduction du drame
On peut distinguer
plusieurs types d’évitement :
·
L’évitement
affectif : l’individu prend après le drame l’apparence d’une personne
indifférente émotionnellement ce qui lui permet d’éviter de ressentir des
émotions reliées au drame. La personne évite les fortes émotions au niveau
familial, professionnel et social.
·
L’évitement
comportemental : la victime du trauma évite toute situation, tout
comportement, toute personne, tout contexte ou endroits associé au drame. Cet
évitement peut être intentionnel ou inconscient.
·
L’évitement
physiologique : la personne opère en elle une action qui s’apparente à une
désensibilisation générale face au plaisir et à la douleur. Le drame s’étant
déroulé dans un contexte de douleur extrême la personne tente de maintenir son
niveau d’émotion au plus bas. Dans le cas où le niveau d’émotion s’élève dans
l’environnement présent de la victime, celle –ci peut éprouver le sentiment
d’imminence de la reproduction du drame.
·
La peur
d’avoir peur : la personne évite toute situation susceptible de générer
des émotions ou des souvenirs. Elle reste totalement inhibée et semble
immobile, dans l’impossibilité d’avancer dans la vie. Elle refuse de prendre
des risques normaux inhérents à la vie en société. Ce refus de se souvenir de
qu’elle veut oublier peut générer une agressivité excessive envers son
environnement et son retrait des groupes sociaux auxquels elle appartenait.
Comprendre le trauma
Les chocs
susceptibles de provoquer un SSPT sont divers et variés. Par contre les effets
sont similaires.
Il faut, pour
appréhender la nature de ce type de trauma, comprendre que ce dernier
déstructure complétement la représentation du monde de la victime. C’est-à-dire
que le trauma est une manifestation d’un archétype qui n’appartient pas la
représentation du monde que s’est construite la victime au cours de toute sa
vie. Tout ce qui était vrai jusqu’au drame s’écroule. Car le trauma prouve à la
victime par son existence même que ce qu’elle déterminait comme faux,
impossible et étranger à sa vie est finalement possible. Soudain l’horreur, le
crime pénètre le périmètre vital de la personne. Bien que déjà très grave d’un
point de vue physiologique, le trauma en changeant le vrai en faux et le faux
en vrai transforme le psycho-affectif. Celui-ci pour parler très simplement
s’éteint littéralement.
D’une manière
imagée, le trauma créé une explosion dans la pensée de la victime qui n’a pu
réagir tellement la nature de l’événement traumatique vécu lui était étrangère
au moment durant lequel il se déroula.
Face à un stimulus
qui lui inspire le danger, l’être humain a trois choix :
1. Attaquer
2. Fuir
3. Ou rester inhiber et immobile sans possibilité
de mouvement.
L’être humain quel
que soit son sexe, son âge, sa culture, son histoire et sa spécificité n’a que
ses trois choix face au danger.
Les deux premières
solutions, attaquer ou fuir, nous parlent de situations graves certes, mais
dont la personne est ressorti indemne. Par contre la troisième est celle qui a
le potentiel de déclencher un SSPT. Dans cette situation l’être humain est
aussi incapable d’agir que le lièvre devant les phares d’une voiture. La
conséquence de cette immobilité est énorme puisque c’est cette impuissance qui
est la principale source d’auto-dévalorisation pour la victime.
Jean-Christian
Balmat
Merci pour l'écrit clair et complet… cela présente des éléments que j'ai étudié dans tes cours sans pouvoir les lier entre eux comme tu l'as fait via l'article.
RépondreSupprimerJe n'ai qu'une question qui peut paraitre bête mais elle cache certainement une autre qui est conséquente, sur le fonctionnement et le rôle de l'Inconscient. C'est par rapport à ce paragraphe: "L’évitement comportemental : la victime du trauma évite toute situation, tout comportement, toute personne, tout contexte ou endroits associé au drame. Cet évitement peut être intentionnel ou inconscient." Pourquoi est-ce que l'inconscient fonctionne différemment et que chaque nuit (tu le dis d'ailleurs), il est possible que la personne revive son tram au point de se réveiller en sueur?
Merci d'avance de me donner des pistes d'éclairage.
Elo
L’inconscient a un seul et même but : l’entretien et la sauvegarde de l’intégrité de l’entité. Si pour ce faire il doit par exemple générer une amnésie afin d’éviter une souffrance intolérable (à savoir le souvenir du choc), il le fera.
RépondreSupprimerDe même par tous les moyens, il cherche à fuir les situations où par le passé la personne a vécu un ou des chocs. Il met en place des stratégies d’évitement efficaces et silencieuses de façon à laisser au conscient la gestion de la vie quotidienne.
Changer cela peut se faire en mettant en lumière l'aspect émotionnelle du trauma...et de le solutionner
Jean-Christian Balmat
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